insolite
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Il s’appelait Vercouter. Marc Vercouter. Il était en rétho’ (terminale) et moi en cinquième (première). Il était 13h00 et nous rentrions en cours pour l’après-midi. Moi, j’allais en classe de Français chez Armand Zaninetta et Marc Vercouter en classe de géo, chez Monsieur André. Les deux classes se trouvaient dans le même couloir. C’est là que je l’ai entendu confier à l’un de ses camarades que, une fois son diplôme en poche, il tenterait sa chance au conservatoire pour devenir comédien. Peut-être lui-même ne se souvient-il plus avoir jamais eu cette idée mais moi, je sais que c’est de l’avoir entendu se permettre ce rêve à voix haute que je me suis permis le mien. Car c’est à cet instant que j’ai réalisé qu’il n’était pas interdit que quelqu’un de la même condition que moi, né au fin fond du Borinage comme moi, rêve de devenir comédien. C’est donc ce jour-là, dans le sombre corridor qui menait au local de Monsieur Zaninetta, que je décidai que moi aussi, j’allais devenir comédien. Mais les choses n’allaient pas du tout se passer comme prévu.

Tout d’abord, il aura fallu ce rendez-vous pris avec mes copains de classe de cette année-là, la cinquième. Nous venions de terminer l’année scolaire et il était convenu de passer la soirée chez moi pour fêter la délivrance car j’étais le seul dont les parents étaient absents. La maison était à nous. Si vous cliquez ici vous verrez la photo prise par moi ce jour-là dans le jardin. Ceux qui ne sont pas sur la photo soulageaient déjà le frigo de la bière de mon papa. Car si chez moi, c’est près de ma Stella, alors mes copains se sentaient vraiment chez eux.

Heureux qu’on était… Tellement contents d’avoir fini cette p… d’année qu’on en avait même invité le pion de l’école à fêter ça avec nous (de bout à gauche sur la photo). Et il a plu, beaucoup plu, puisque c’était en Belgique.

C’est une fois à l’intérieur que, pour tromper l’ennui, l’un de nous (et je sais que ce n’était pas moi) a eu l’idée de piéger des gens par téléphone. Comme nous étions chez moi, quelqu’un a dit : « A toi l’honneur … ». Et je fus le premier et finalement le seul à alourdir la note de téléphone de mes parents tant les autres étaient hilares de m’entendre torturer mes interlocuteurs avec une voix que j’avais spontanément improvisée roulant les « r » qui me donnait pas loin de soixante ans.

Convaincue de l’histoire abracadabrante que je lui racontais, une de mes victimes me demanda mon nom. Pourquoi ai-je répondu ce nom aussi improbable que faussement authentique : « François Pirette » ?… Je ne le saurai jamais. Mais je me souviens que ce pseudonyme d’un soir nous avait fait beaucoup rire.

C’est alors que, me rappelant les dimanches matin passés à écouter la radio avec mon papa, j’ai eu l’idée d’improviser de faux jeux radiophoniques en imitant celui qui en était à l’époque le Mozart de la discipline, j’ai nommé : « Jean-Loup Viseur ». Je ne me souviens plus très bien du nombre de télévisions couleurs que nous avons cruellement promises aux pauvres vrais candidats de nos faux concours. Ce que je sais c’est qu’ils les attendent toujours et je n’en suis pas fier. Mais cette petite honte allait, sans que je ne m’en doute un seul instant à l’époque, me permettre de vivre dix-huit mois plus tard la belle aventure que vous savez.

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